par Céline
Aurores boréales à Tromso
21h45 : le roues de l’avion frôlent la piste gelée, avant de freiner brutalement pour rejoindre le terminal de l’aéroport. Je regarde à travers le hublot et j’aperçois dans la nuit un paysage blanc, recouvert de neige fraichement tombée et constellé de points lumineux : Tromso, petite ville de Norvège au nord du cercle polaire arctique. J’essaie impatiemment de déceler dans le ciel ce pour quoi je suis venue avec un ami photographe : les aurores boréales.
C’est la première fois que je franchis la ligne du cercle polaire et déjà, je ressens cette impression d’être aux confins du globe. Je ne peux m’empêcher de penser au Spitzberg, royaume des glaces, qui n’est plus qu’à 1h30 de vol d’ici.
Vidleiv, nous attend à l’arrivée. Après de chaleureuses présentations, il nous conduit sur son île de Ringvassøy, située à 45min de route de Tromso. Pour y accéder, nous faisons des sauts de puces entre différentes îles toutes reliées par des ponts et un tunnel à 56 mètres sous la mer. Une couche de glace luisante recouvre la route, mais Vidleiv est un conducteur aguerri et semble être indifférent à ces conditions. Le paysage blanc défile rapidement et j’ai à peine le temps d’apercevoir les maisons norvégiennes en bois coloré, illuminées par des lampes et des bougies. J’ai l’impression de tourner les pages d’un livre de contes pour enfants.
Une fois arrivés à notre « cabine », nous nous empressons de nous habiller chaudement et de prendre notre matériel photo. Nous marchons quelques dizaines de minutes dans la neige, à travers des broussailles et buissons, pour nous éloigner de toute pollution lumineuse.
Nous déposons la peau de phoque sur le sol et attendons patiemment, les yeux levés vers le ciel, le début du spectacle. Ce premier soir, malgré une voûte céleste claire et dégagée, les aurores sont rares. Une ou deux se dressent timidement à l’horizon, mais elles sont de faible intensité et ne durent que quelques secondes. A peine le temps pour déclencher. Il ne fait pas très froid, au plus -3 degrés, mais la légère bise ne va pas tarder à nous ankyloser l’extrémité des doigts et des orteils. Il est 03h00 du matin, nous rentrons et je m’abandonne encore une dizaine de minutes dans le sauna pour me réchauffer.
Le lendemain se déroule devant moi une nouvelle toile de fond. Les cabanes sont installées au bord de mer et font face à une autre île montagneuse. La pureté de ce paysage et l’éloignement de toute habitation me laissent sans voix. En cette saison, il ne fait jour que quelques heures dans la journée. Le soleil s’élève craintivement derrière les collines vers midi pour se coucher à nouveau vers 15h00. Ces quelques heures de lumière sont précieuses pour les norvégiens. Je découvre de nouvelles tonalités de lumière, d’une douceur exceptionnelle. Les rayons du soleil caressent le haut des montagnes enneigées et je comprends dorénavant la lumière rosée que l’on observe sur ces images du pôle nord, ou l’on ne différencie quasiment pas l’aube du crépuscule.
Le second soir, lors du dîner, nous ne pouvons nous empêcher de sortir régulièrement pour scruter le ciel. L’appareil photo attend lui aussi déjà sur son pied. Aurore en vue ! Nous laissons tomber couteaux et fourchettes et nous précipitons au dehors. Le saumon fumé attendra. Cette seconde nuit sera le théâtre d’un spectacle mémorable. Telle une diva, l’aurore se décline sous de nombreuses formes mystiques. Elle danse au-dessus de notre tête avec lenteur et sensualité. Chaque apparition est unique et va du simple arc de cercle aux formes les plus tournoyantes. Je pars en voyage avec elles, je les suis, les regarde, les devinent et mon âme toute entière se laisse aspirer vers le ciel.
Les aurores s’estompent peu à peu et retournent se coucher derrière les montagnes. Fin du premier acte. Nous rentrons nous réchauffer quelques heures et finissons notre dîner. D’après Marit et Vidleiv, nos hôtes, nous avons beaucoup de chance. Ce ne sont pas les aurores les plus lumineuses qu’ils aient vues, mais ils les estiment à 6-7 sur une échelle de 10. Cette nuit semble être propice et nous ressortons plus tard dans la nuit. Au bout d’une demi-heure, la première aurore point peureusement derrière la colline. Elle avance et s’étale délicatement pour finalement recouvrir une grande partie du panorama astral. J’ai l’impression d’être sous une coupole magique et protectrice. Il me faut faire un mouvement de la tête de 180 degrés pour la suivre sur toute sa trajectoire.
De retour au chaud je ne peux m’empêcher de visualiser les images sur l’écran de mon appareil. Il est difficile de connaitre le résultat et il faudra pour cela attendre le transfert final des photos. Les pauses étaient relativement longues (20-30s) et j’espère qu’il n’y aura pas trop de bruit. Néanmoins, la plus grande difficulté fut de faire la mise au point dans ce paysage obscur. Il est impossible d’utiliser l’autofocus et il faut régler la netteté au feeling, ou à l’infini.
Pour ceux qui se demande encore ce qu’est une aurore boréale, voici une description simplifiée du phénomène : « Lors de grandes explosions ou éruptions solaires, de grandes quantités de particules sont projetées dans l’espace par le soleil. Lorsqu’elles entrent en collision avec le champ magnétique de la Terre, elles sont dirigées en un cercle autour du pôle Nord magnétique, où elles interagissent avec les couches supérieures de l’atmosphère. L’énergie ainsi libérée donne les aurores boréales. Tout ceci se produit à une centaine de kilomètres au-dessus de nos têtes ».
La tête dans les étoiles, il faut dorénavant quitter cette terre nordique et je me surprends à être aussi mélancolique et affectée par ce départ. J’ai l’impression de quitter un univers nouveau et je suis bouleversée par la beauté du paysage, de jour cette fois-ci, qui nous mène à l’aéroport.
Voici en image, le résultat de ces deux jours passés sur l’île de Ringvassøy. Il n’est pas dans mes habitudes d’écrire un texte aussi long, mais il ne semblait nécessaire de décrire ce phénomène avec des mots, afin de partager avec vous toute la magie qu’il suscite.
Je me réjouis d’avance de vos commentaires et vos impressions.
A bientôt,
Céline



































































































































