Bonjour à tous,
Suite à la publication du premier article sur le lac Baïkal, vous avez été nombreux à me faire part de vos commentaires. Une multitude de questions ont soudainement fusé. Où avez-vous dormi, qu’avez-vous mangé, faisait-il froid, avez-vous vu des animaux, quelles étaient les conditions de prise de vue ? C’est ainsi pour chatouiller votre curiosité que j’ai délibérément gardé toutes ces informations pour ce second article, avec à la clé, quelques anecdotes.
-27 degrés:
Mon arrivée en Sibérie restera longuement gravée dans ma mémoire. Comme un enfant, le nez collé au hublot et les yeux grands ouverts, j’essaie d’emmagasiner un maximum d’images et de décrypter les éléments de ce lieu inconnu. Le paysage ressemble à un gigantesque patchwork bicolore. Des champs recouverts de neige contrastent avec les parcelles de forêts couleur tabac. Après de nombreuses heures de vol dans un avion bondé et surchauffé, nous touchons le sol gelé de l’aéroport d’Irkoutsk. Les rais du soleil levant caressent le paysage blanc. La moindre source de chaleur laisse échapper de la fumée, ce qui accentue davantage l’ambiance glaciale du paysage. Avant mon départ, les prévisions météorologiques annonçaient -10 degrés. Cependant, à la descente de l’avion, le froid transperce mon corps tout entier en l’espace de quelques secondes. Le choc thermique est effrayant et j’eus, l’espace d’un instant, des doutes, quant au choix de ma destination. Toutefois, Arnaud m’accueille avec une bonne nouvelle. Ce matin là, il fait -27 degrés ! Je sais donc à quoi m’attendre pour les dix prochains jours et entame solennellement une préparation psychologiquement au froid.
Dans les rues, les voitures dégagent des fumées laiteuses et les gaz irritent rapidement la muqueuse nasale. A bord d’une Lada Niva, Arnaud nous conduit vers la maison de Nina, où nous passeront les 2 premières nuits avant de partir sur le lac. Je découvre dans cette habitation la chaleur de l’accueil russe. Le thé, les biscuits, les blinis, le pain perdu et la confiture maison nous attendent déjà sur la table. La pièce de vie, où grésille en arrière-fond la radio, est l’étroite cuisine. Un chat dort sur le canapé. Un décor qui me rappelle celui de ma grand-mère : une toile cirée sur la table, un bouquet de fleurs fraîches dans un vase épais de cristal, un vaisselier en bois sur lequel sont déposés, pain, gâteaux et autres broutilles. Toutefois, cette atmosphère ne serait rien sans la douce et reposante présence de Nina. Une femme attentionnée, au regard empli de compassion, qui sera à nos petits soins pendant notre escale ici.
Hébergement :
Durant notre périple, les hébergements étaient très divers. Nous passerons tout d’abord une nuit dans un « complexe touristique » sur l’île d’Olkhon, puis une nuit chez le fils de Youra. Plus au nord, ce seront quelques nuits en cabanes avec pour seuls mobiliers nos lits, un saut d’eau et un poêle à bois. Avant de rejoindre la capitale, nous passerons encore une nuit groupée sous une yourte, ce qui m’a rappelé mon voyage de l’été dernier au Kirghizstan (voir article). Tout au long du voyage, Youra, nous fera découvrir les plats traditionnels russes: plov, blinis, borchtch, pelmeni, salade d’omoule et chachlik.
Au fur et à mesure, je prends conscience de l’importance des cabanes par ici. Cet abri soulève aussitôt des souvenirs d’enfance, lorsque nous allions, nous aussi, construire notre cabane en forêt, de préférence le plus éloigné possible. Cet engouement pour la cabane, la vie sauvage aux alentours, le silence et le retranchement serait-il ancré en nous dès notre plus jeune âge ? Je vous invite vivement à lire le livre de Sylvain Tesson, dans lequel il décrit son expérience de la solitude et du voyage immobile dans sa cabane (que nous avons d’ailleurs visitée).
En route vers le nord, Youra s’arrête soudain près de la berge. Nous descendons du véhicule et il nous indique une cabane de pêcheurs ou chasseurs, un peu plus haut dans la forêt. Il n’y a personne, mais l’endroit vit. Il faut baisser la tête pour pénétrer dans la pièce sombre. A l’entrée un lavabo, des étagères avec des vivres et un plat de pâtes non achevé, un fourneau, des lits. Sur la table, un jeu de carte déposé là, comme si la partie n’avait pas été achevée. Une lumière pénètre dans la pièce par une seule fenêtre. Je rêvais de capturer cette ambiance, mais il m’aurait fallu plus de temps et un pied, afin de travailler en pause longue. Dehors, comme toute cabane respectable, il y avait un bagna (sauna russe).
Température et prise de vue :
Les températures ont varié tout au long du séjour entre -10 degrés pour les plus douces et au moins -27 degrés pour les plus froides, mais le corps s’habitue progressivement au froid. Certains matins, alors que l’on croyait sentir un léger réchauffement, il ne faisait que -22 degrés. Les premiers jours, j’ai essayé de prendre des photos avec pour seule protection mes sous-gants (2 paires). Quelques minutes ont suffit pour couper toute sensation au bout de mes doigts. J’ai donc du apprendre à photographier avec les grosses moufles en duvet, deux fois aussi grandes que mes mains !
A ma grande surprise, les batteries (poignée MB-D10) ont été très résistantes et ne se sont pas déchargées aussi rapidement que je le craignais. Je n’ai pourtant pas été très vigilante et ne rangeais mon appareil qu’après plusieurs heures passées dans le froid. Les fortes variations de températures créées rapidement de la condensation sur le boitier et les objectifs. Il faut essayer d’appréhender le travail photographique avant de passer d’un milieu à l’autre.
J’ai réellement pris conscience du froid, le jour ou nous avons fait un barbecue sur la glace. Voulant prendre mon verre d’eau je m’aperçu qu’il ne restait qu’un glaçon. Le pain avait lui aussi déjà commencé à gelé. Heureusement, il y avait la Vodka … et le thé bien sûr. Une dizaine de minutes sur place ont suffit à nous refroidir, toutefois, après une marche en raquette sur une rivière gelée, les pommettes ont repris leurs couleurs.
Rencontres :
Au-delà de quelques pêcheurs rencontrés en chemin, nous avons eu très peu de contacts avec les autochtones. Les animaux étaient également absents lors de notre passage et l’on ne pouvait que deviner leur présence, grâce aux traces de loups et autres bêtes dans la neige. Les ours hibernent encore. Les Nerpas (phoques) se cachent sous leurs repaires, ou amas de neige, et ne sortent qu’à partir du mois d’avril.
J’espère avoir répondu à quelques-unes de vos questions. Les photos de cet article ne sont certes pas aussi épurées que celles de l’article précédent, mais se veulent de témoigner des conditions du voyage.
Ai-je oublié quelque chose ?
A bientôt
Céline













